Ce texte fait partie d’un recueil intitulé « Mon ami Jean et quelques autres » qui réunit 19 récits sur le thème du ski et de la montagne. Les expressions locales prononcées en patois, ou ce qu’il en reste, ne seront pas traduites. Elles sont écrites selon une phonétique de ma composition qui s’inspire d’une langue d’origine latine, comme le patois, et reproduit bien les sons z, ç, le ll hispanique (comme dans lluvia) ou ceux qui leur ressemblent.
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Je suis à cheval sur une arête. Ce n’est pas une position inconcevable pour un grimpeur provisoirement immobile. Je pourrais parfaitement me tenir debout puisque c’est ainsi que je suis parvenu à ce point mais, conscience oblige, je préfère m’installer solidement agrippé au rocher de mes deux genoux serrés contre les faces respectives qui partagent ce sommet en une pente de chez nous et une pente de chez les autres. La longue suite d’arêtes et de sommets successivement séparés que nous parcourons depuis ce matin marque effectivement la frontière entre le pays d’ici et le pays de là. Une jambe, donc une fesse de chaque côté. Je n’ose pas penser à quel endroit précis passe la limite internationale.
Je me tiens ferme parce que, de l’épaule et des omoplates, j’assure mon ami Jean qui s’emploie à descendre la face invisible d’une brèche profonde, coup de hache impressionnant dans le faîte ascendant d’un contrefort qui vient buter à la base d’une aiguille tellement fine et élégante dans sa svelte nudité que nous en sommes tout remplis d’admiration respectueuse. Trop belle pour être escaladée sans scrupules, trop difficile à émouvoir, comme ces beautés éternellement vierges à force de suffoquer leurs prétendants éblouis.
La descente ne doit pas présenter d’obstacles importants si j’en juge par la corde qui file régulièrement avec juste assez d’interruptions pour m’apprendre que, là-dessous, on se remue de prise en prise sans difficulté particulière. Une voix de caviste vient confirmer mes impressions tactiles par un « c’est tout en rocher » sans équivoque ni poésie quelconque.
J’ai donc une jambe au soleil tout neuf d’une belle journée de bise légère, l’autre dans l’ombre d’une face sombre et hostile, toute glacée dès les plus proches pentes lisses, rayée de couloirs de glace noirâtre jusqu’aux névés mitraillés de caillasses, aux éboulis et aux pâturages pierreux d’une combe profonde ou brille le toit minuscule d’une cabane inconnue. Je me demande si Jean va sortir de la brèche par le côté de la lumière, vers ces dalles brisées dont je vois le profil rébarbatif en me penchant un peu, ou s’il choisira l’ombre des pentes fuyantes dont je ne sais rien sinon que d’ici elles ont une sale gueule. Je serais bien étonné de le voir s’attaquer à l’aiguille elle-même tant elle me semble glabre, lisse et repolie par quelques millénaires d’érosion pluviale autant qu’éolienne et tellement fine vers son sommet qu’elle ne pourrait que se briser, n’est-ce pas, si on essayait… En un mot, j’ai la trouille à la seule évocation d’une telle escalade et j’en serre d’autant plus les fesses sur ma monture que je viens d’entendre rouler quelques pierres qui prouvent que Jean déblaye des prises avant d’émerger sous la lèvre d’en face.
La corde file un peu, beaucoup, s’arrête.
– Oh, donne-moi tout le mou…
Je donne.
Ce genre d’indications est la preuve que l’affaire est facile, que l’assurance est inutile et que le passage ne demande pas de précautions particulières. A moins que ce ne soit le signe de préparatifs pour une entreprise d’envergure qui exige ma présence sur place, à portée, non plus sur mon perchoir d’où je ne vois rien en dehors des parties hautes. J’attends donc, de fesses fermes, l’ordre de descendre en vitesse dans la brèche, sous la protection toute mentale d’une assurance fournie d’en bas par un individu dont je ne sais même pas s’il est stable et sur quoi, s’il se tient comment et à quoi, capable de m’attraper au passage et par quoi.
– Arrive…et fais gaffe…
Je descends avec l’aisance résignée qui sied aux profonds désespoirs, tout étonné de trouver des prises faciles et pas mal disposées dans la paroi humide qui mène au fond de ce corridor à courants d’air, assez prolongé dans les deux sens pour qu’on aie l’impression d’entrer dans la montagne au lieu d’en franchir une coquetterie. Je touche au fond rocheux à peine parsemé de fins graviers. Ce doit être le débouché vers la face du froid qui donne cette impression de caverne malsaine. Jean s’est en effet tiré de ce côté, appuyé du dos à la paroi d’en face. Il fait posément des anneaux et me tend toute la corde avec prière instante d’assurer d’ici, de ne pas faire l’andouille et d’attendre des nouvelles avant de bouger ne serait-ce qu’une oreille. Je me cale de mon mieux, prêt à retenir un bœuf, résolu à me souder au rocher jusqu’à la fin des temps si mon destin en décide ainsi. En même temps je constate avec soulagement que la lèvre opposée que je ne voyais pas est, au départ, franchement surplombante et que pour atteindre la base de l’aiguille qui me semblait si rectiligne, il faudrait traverser loin par la droite et revenir en reptation horizontale avec de bonnes chances de se casser la gueule avant d’effleurer ne serait-ce que les orteils de la belle.
Sortons donc puisque sortir est notre lot. Foin d’escalades chorégraphiques et vaporeuses. Restons troglodytes.
Jean s’en va par la droite, encadre sa silhouette ficelliforme dans la fenêtre étroite ouverte sur le ciel clair, tourne un promontoire. Il disparaît. Je reste seul avec ma corde qui glisse dans mon dos, par petites saccades irrégulières. A chaque traction mes mains s’entrouvrent à peine pour laisse filer, prêtes à bloquer tout à la moindre gueulante, de celles que poussent les éjectés et autres précipités du système. Je commence quand-même à en avoir marre d’assurer sans rien voir dans cette espèce de divination tactile si rarement auditive. Faudrait voir à participer.
Pour en arriver là, nous avons dû coucher dans une baraque au toit de tôles tellement sonores que j’ai cru à la fin des temps pendant la queue d’orage fugitive qui a sonné minuit par-dessus nos bonnets enfoncés jusqu’aux masséters. Nous sommes partis dans la nuit d’un sentier à moutons montant, graisseux, passablement puant, jusqu’à la combe ouverte autour d’un petit lac ovale que nous avons longé vers la grande muraille dorée par le premier soleil. Un long névé diagonal, de ceux qui font regretter de n’avoir pas monté les skis, nous a menés vers un col bonasse dont la corniche engloutit à moitié un gros cairn frontière, premier plan stratifié d’une vue explosive sur une infinité de montagnes, une mer de sommets enneigés, un monde de glaces pétillantes aux rayons obliques du matin, une fuite vers les brumes lointaines d’où émergent à peine quelques vedettes prétentieuses qui portent un nom en rude langage de par là-bas. Nous avons vu monter lentement dans le soleil une formidable barrière qui ferme l’horizon vers les plaines lacustres, un long massif de pointes successives entrecoupées de glaciers suspendus dont on souhaite ardemment qu’ils le restent, de couloirs tortueux et glacés jusqu’aux nappes de pierriers noirâtres étalés vers des combes sépulcrales. Ce truc lointain est magnifique mais pas pour nous. Trop loin, trop haut, trop cher si l’on tient compte du change. Nous resterons chez nous, sur notre traversée à nous, et ceux qui ne sont pas contents…
Nous sommes montés doucement par l’arête de gauche, une sorte de résidu de carrière d’aspect conique. Celle de droite ressemble à une décharge de houillère.

La première dent, toute de roches brisées, a été descendue avec précautions par une facette de rocher fracassé, suivie d’un collet caillouteux et d’une arête de blocs entassés, jusqu’à son sommet si fissuré qu’on n’ose pas y toucher même d’une caresse. La corde ne nous servait à rien, sinon à prévenir une chute basculante sur quelque morceau vacillant. Nos mains, toutes disposées à l’escalade, nous ont surtout servi à repousser dans leurs logements quelques mètres cubes oscillants ou à envoyer paître les plus petits aux profondeurs des combes obscures. Ce fut ensuite l’arête ferme de rocher enfin compact, jusqu’à la brèche inattendue, au pied de cette svelte aiguille dont l’élégance méprisante commence à m’emmerder, tout seul dans mon trou où je me caille les miches en surveillant la fuite saccadée de cette corde inconstante.
Je m’attendais à ce qu’elle monte peu à peu le long du promontoire, signe certain que Jean est en train de grimper là-derrière. Pas question. Elle reste tout en bas, avec une tendance à descendre encore à mesure qu’elle se déroule. Il doit donc traverser Dieu sait quoi, à condition que ce barbu s’occupe un tant soit peu de nos gesticulations matinales dont il n’a probablement rien à foutre. C’est pourtant de là-haut que me parvient l’ordre succinct :
– Oh… envoie le sac !
Je n’aime pas çà. Si on m’invite à grimper à cru, c’est sûrement que les affaires se présentent assez mal pour que mon élégance naturelle soit entièrement mise à contribution, sans entraves ni contestation. Je fais quand-même une boucle dans ce qui me reste de la corde. J’y passe le mousqueton qui pendouille en permanence à la poignée du sac et je gueule un bon coup vers le haut pour que tout disparaisse.
– Arrive…

Je sors de la brèche. Je tourne le promontoire. Je vois une suite de dalles qui se suivent, comme un trottoir, à la base d’une paroi si verticale et envolée vers le ciel bleu que je remarque à peine que les dalles sont horriblement inclinées vers une pente de glace noire imprégnée de caillasses brisées qui n’en finit pas de plonger vers des névés abrupts jusqu’au rebord d’une paroi invisible. Il y a bien un trottoir, mais redressé à la limite de l’adhérence, séparé de la paroi par une fissure inconstante, assez large pour engager les doigts là où c’est superflu, beaucoup trop mince pour s’y cramponner là où c’est indispensable. Je constate avec une satisfaction intime pleine de lâcheté retenue, que je suis bien assuré d’en haut. La traversée n’en sera que plus agréable. Il me faut en effet poursuivre jusqu’à cet édifice curieux constitué d’une énorme lame détachée, à peine séparée de la montagne par une fente bien verticale, ornée en son milieu d’un bloc coincé resté là après le cataclysme qui a tranché la paroi comme on découpe une rondelle de saucisson sur une planchette.
Dans tous les récits d’escalade de la littérature héroïque autant qu’alpestre, les dalles sont toujours affreusement glacées, luisantes d’humidité huileuse, démunies de la moindre prise d’ongle, déversées en un surplomb horriblement saillant repoussant le grimpeur aspiré par un vide incalculable. Ici, curieusement, tout va bien. Le rocher est sec, la fissure pratiquement inutile malgré ses prétentions à me compliquer l’existence. Je trouve des prises pour mes pieds et quelques rainures verticales assez profondes pour m’épargner les angoisses d’un déséquilibre passager. C’est dire que j’arrive rapidement à la grande fente qui présente à sa base une petite esplanade d’un demi mètre carré, histoire de se reposer à plat avant l’inévitable ramonage. Jean doit me lorgner d’en haut en attendant que j’apparaisse. Je m’en rends compte aux mouvements de la corde qui m’assure avec une précision diligente, laissant toujours assez de mou pour me permettre d’évoluer à l’aise, jamais trop pour me livrer aux fantaisies d’une godasse qui ripe, jamais trop peu pour me suspendre comme un pantalon sur l’étendage du potager.
J’aime bien l’escalade intérieure. Les deux semelles contre une paroi, le dos et les fesses contre l’autre, je suis bien. C’est presque à regrets que je pousse des deux paumes pour monter le cul juste assez pour sentir le moment où les pieds vont perdre l’adhérence. Je les replace l’un après l’autre en poussant fort et j’ai l’impression de pouvoir rester assis là tant qu’on voudra et aussi longtemps que la largeur de la fente sera à ma mesure. J’arrive ainsi à côté du bloc coincé car, gros malin, je n’ai pas l’intention de me cogner le crâne à ce truc mais bien celle de le dépasser à heureuse distance lorsqu’une voix angélique, un peu rugueuse tout de même :
– Monte dessus !
D’un geste affectueux, je lance mon bras gauche dans un abrazo assez théâtral et je trouve une bonne prise qui m’autorise à tout lâcher des pieds. D’un mouvement circulaire que je souhaite esthétique, j’envoie ma main droite, le bras, l’épaule et tout le bonhomme qui se retrouve à plat ventre sur l’obstacle. Si avec çà Jean ne me félicite pas !
J’ai peu de temps pour m’accroupir et me dresser debout sur la face supérieure de ce bloc opportun parce que la corde s’est tendue un peu trop vite pour me laisser espérer des témoignages d’admiration excessive. Ce serait plutôt du genre « on ne sait jamais avec ce con- là ».
Le con s’attaque à la paroi finale avec d’autant plus de détermination que tout ramonage serait désormais impossible. La largeur de la fente s’est augmentée à la dimension, toutes proportions gardées, des pattes déployées d’une aragne ou d’un gros saillet, de ceux qu’on voir sauter dans les andains de foin sec. Je sors entre les godasses de Jean qui m’assure debout, négligemment posé sur une dalle balançoire qui n’aurait pas manqué de nous suivre tous les deux jusqu’aux tréfonds des fonds si jamais j’avais cessé un instant de voler élégamment de prise en prise, ballerine ascendante, funambule primesautier, arpège cristallin… :
– T’as vu là-haut ?
Je vois en effet, avec une satisfaction assez retenue, que l’arête continue gentiment, en pente moyenne, doucement redressée vers la fin en un sommet pyramidal, d’autant plus qu’il est effectivement orné d’une curieuse construction triangulaire. Jean, volontiers pédagogue, affirme :
– Signal géodésique frontalier international aux fins de triangulations cartographiques au moyen de théodolite à visée optique…hum, hum… référence azimutale…
– Ou tout comme !
Cette intéressante précision est suivie d’un départ nonchalant, les anneaux à la main, l’autre s’appuyant affectueusement sur quelque aspérité, histoire de nous persuader que nous sommes en train de pratiquer ce qu’on appelle escalade dans les endroits qui le méritent. Pour demeurer conformistes, parler juste pour être bien compris, nous qualifions de scalariforme ce qui se présente alors comme un escalier, de ruiniforme ce qui tombe en morceaux, de lapidaire ce qui n’est qu’un entassement de cailloux, de casse-gueule ce qui roule sous nos semelles et de généralement emmerdant le dernier raidillon. Nous atteignons le fameux édicule pyramidal qui nous nargue de sa grandeur surfaite depuis un bon moment. Ce n’est, à tout prendre qu’une grosse équerre en bois, quatre triangles rectangles en planchettes à claire-voie, accolés par leur grand côté à un pieu de section carrée scellé dans un petit cairn maçonné. Les hypoténuses forment arêtes cardinales et donnent, de loin, l’impression d’un cône. L’ensemble ne dépasse pas la taille d’un nain de jardin et nous le traitons sans ferveur. Pas même l’intention de boire un coup à la santé du portefaix qui l’a hissé ici et qui pourtant, depuis le temps, doit commencer à être un peu sec.
Nous descendons de l’autre côté, suivant le fil aigu d’une arête étroite très aérienne, faite d’une sorte de poudingue brunâtre sans parenté apparente avec le rocher que nous avons parcouru en dents de scie depuis ce matin. La géologie a de ces caprices et, j’en suis sûr, le sens de l’humour. La pente est assez raide pour que nous regardions nos pieds avec une attention si permanente que nous prenons à peine le temps d’entrevoir le paysage grandiose qui nous baigne de toute part, suspendus comme nous sommes dans le ciel foncé. Jean n’est guère poète. Ses tentatives de s’exprimer dans le milieu étroit des peintres du Dimanche, se sont heurtées très vite à la confection de quelques plats d’épinards parfaitement dysentériques et se résument désormais à une bonne pratique du vert véronèse numéro cinq. Il demeure néanmoins capable de repeindre une paire de volets ou de décorer le panneau d’une armoire paysanne à l’aide de campanules, rhododendrons et autres edelweiss bien tyroliens. Pour le moment, ce délicieux esthète vient de s’asseoir obstinément à l’éminence d’une sorte de tour ronde parsemée de pierrailles, de boites de conserves rouillées, de papiers d’aluminium froissés et autres signes qu’ici l’on bouffe. Comme il est installé sur la corde en vrac et que je ne tiens pas à me détacher dans cet endroit où ce qui est en haut pourrait assez rapidement être comme ce qui est en bas, j’obtempère et pose le sac. Ce goinfre s’empiffre d’un restant de saucisson réduit pratiquement à sa ficelle, d’un fond de cornet en papier où achèvent de s’émietter trois biscuits sablés d’origine maternelle et il égoutte un résidu de flotte saumâtre qu’il surnomme du thé. De mon côté je suce posément une pastille ascorbique détachée avec soin de la doublure de ma poche de poitrine avant de déclarer rondement qu’il faudrait prendre du souci si nous ne désirons pas achever ici notre jeunesse ardente.
La suite est une courte séance d’équilibre instable sur une arête aussi horizontale qu’un quai de gare et la descente bondissante d’un couloir de caillasses qui dégringolent bien plus vite que nous jusqu’au rebord d’un petit névé rond enchâssé dans un cirque bordé de parois dentelées que nous méprisons royalement. Qu’en ferions-nous dans notre superbe de grimpeurs blasés et par surcroît passablement crevés. Un petit bout de ramasse nous projette, tout courant, sur les derniers gros blocs arrivés avant nous sur ce petit col verdoyant, couvert d’herbe à marmottes où, assis sur une borne cubique, nous attend un énorme douanier en uniforme gris qui nous arguète à l’aide de ses grosses jumelles, si j’ose appeler ainsi les espèces de canons de marine qu’il braque vers nos allègres silhouettes.
L’homme est disert. Une fois assuré que nous allons par là, alors qu’il vient de par-ici, son devoir de cerbère achevé le pousse à extraire de son sac une gourde plate dont le bouchon à vis servirait de godet s’il n’était pas qu’un dé à coudre. Le contenu répand immédiatement dans le petit vent sec une envahissante odeur alambique d’absinthe fort distillée et néanmoins illégale.
L’impression est énorme. La première gorgée descend en cascade jusque dans les talons, au mépris de toute anatomie viscérale. Il n’y en a pas de seconde. Le premier choc est tel que l’on comprend immédiatement pourquoi. Dans le feu de l’action, ce qui est bien le mot, je montre au bonhomme la traversée dont nous venons, les sommets en enfilade. Il s’étonne :
– Alleu ! çà fait une bonne virééille ! De bleu de bleu ! ( un temps ) Alors çà fait que voilà !
Sa conclusion en vaut une autre. Nous partons de notre côté. Lui, il demeure sur sa borne, stylite ignoré mais inamovible, inconnu mais fidèle.
Deux heures plus tard, étalés bien au chaud sur les banquettes de cet engin qui nous ramène en ville, train par l’aspect, tramway par le vacarme, corbillard par la vitesse, camion de pompiers par l’avertisseur, char à bancs par les secousses, patache par le tangage, nous rotons encore les effluves frontaliers.
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