Hirminte, 1926 – 2018
Je suis né le 20 juin 1926 à Vétraz-Monthoux, près d’Annemasse, en Haute-Savoie.

Je suis l’unique enfant de Paul Ducrot et Yvonne Laillard, tous deux instituteurs à Sevraz, puis à Annemasse. Je suis né dans l’école même où mes grand-parents étaient en poste. Ma mère racontait que l’accouchement avait été très difficile, et qu’elle aurait bien pu y perdre la vie. C’est pour cette raison que je suis resté fils unique, mes parents n’ayant pas voulu courir le risque d’une autre grossesse risquée.
Je déménage au 22 Avenue Pasteur, à Annemasse, où ma famille fait construire une grande maison qui existe encore de nos jours. Trois générations y cohabitent, mes grand-parents Claude Laillard et Adeline Noémie Burtin-Laillard partageant les trois niveaux de cette maison avec mes parents et moi-même.
Toute cette famille d’instituteurs est résolument républicaine, laïque et bien ancrée dans la gauche de cette époque. Je fais cependant du scoutisme aux Éclaireurs d’Annemasse, version laïque des Scouts de France, puis j’intègre les Cadets Annemassiens, une harmonie créée par mon grand-père maternel Claude. J’y joue du fifre.
En 1936, je passe mes premières vacances au Guilvinec, en Bretagne. Je raconte cette épopée dans « Ar Gelveneg ».
Ar Gelveneg
Je deviens clarinettiste à l’Harmonie Municipale d’Annemasse. Je m’y fais mal voir des anciens, car je tape du pied pour marquer le tempo, comme le ferait un musicien de jazz. Mais je persiste.
Je partage mes loisirs entre le ski, l’alpinisme et la montagne avec mon ami Jean Véron, ce que je raconte dans de nombreux récits publiés sur ce site.
De 1942 à 1945, je suis élève au Collège Jean-Jacques Rousseau, à Thonon-les Bains. C’est la guerre, je me rends le dimanche à Thonon en vélo, et j’y reste comme interne toute la semaine, à l’exception de la dernière année.
En 1945, je monte à Paris où réside ma tante Eudoxie Juliette Laillard, Directrice de l’école des Panoyaux, dans le 20ème arrondissement. J’y débute des études à l’École Dentaire de Paris. En parallèle, j’obtiens mon diplôme de prothésiste dentaire en 1947.
En 1948, j’intègre l’École de Chirurgie Dentaire et de Stomatologie de Paris, Boulevard Voltaire. J’en sors diplômé en 1951.
Pendant cette période d’études, je participe au mouvement du « Jazz dentaire« , des orchestres de jazz formés essentiellement d’étudiants qui jouent la musique popularisée par les troupes américaines ayant participé à la Libération de Paris. Le jazz est alors la musique de la liberté retrouvée.

Je côtoie Claude Luter, Roy Eldridge, Jack Diéval, James Moody et Jean-Claude Fohrenbach, les musiciens influents du Paris de la Libération, que vous pouvez écouter ici :
http://www.jazz-on-line.com/
J’y côtoie surtout le grand Sidney Bechet, le maître à penser de tous ces musiciens amateurs dont certains deviendront professionnels sous l’impulsion de Sidney.

En 1948, j’assiste au concert du trompettiste Louis Armstrong, à la salle Pleyel. Ce concert m’a marqué à vie.

Vous pouvez l’écouter ici :
Louis Armstrong, Pleyel 1948
De 1951 à 1952, c’est le Service Militaire, alors obligatoire pour les hommes. Je fais mes classes à Innsbruck, en Autriche, dans le Service de Santé des Armées. Puis je rentre en poste à Altkirch, en Alsace. Je garderai toute ma vie la nostalgie de cette époque où j’étais livré à moi-même, loin du milieu familial et essentiellement féminin où j’avais grandi.
Aidé financièrement par mes parents, j’ouvre mon premier cabinet de dentiste à Annemasse, dans le quartier de la Croix d’Ambilly. En 1954, j’épouse Madeleine Granchamp, fille d’un résistant qui, pendant la guerre, imprimait en cachette de l’occupant allemand des tracts pour le compte de la Résistance savoyarde, ainsi que le journal Combat. Nous nous installons dans un immeuble situé rue des Vétérans.
Je n’oublie pas la musique et je participe à des concerts de jazz mémorables à Ville-la-Grand en 1953 et 54.

Quatre ans plus tard, en 1958, j’installe mon cabinet dentaire à Boëge, dans la Vallée Verte. J’exerce au rez-de-chaussée de la maison que j’ai acquise sur les conseils de mon ami Louis Jean Joseph Boileau, vétéran de la guerre 1914-1918, pharmacien de cette belle commune et Compagnon au sens de la Franc-Maçonnerie.
Très vite, je déménage le cabinet dentaire dans un petit chalet que je fais construire rue de Carraz, à la sortie de Boëge, direction Burdignin. Plus tard, à l’occasion de la construction de l’immeuble Boëge 2, je vends le chalet et m’installe au premier étage de cet immeuble situé en plein cœur de Boëge.
Durant cette époque, je continue à jouer de la clarinette au sein de la formation genevoise « Canal Street Band« . Un disque vinyle sera édité, qui sera malheureusement le chant du cygne de cette formation spécialisée dans le jazz New-Orleans.

Je passe tardivement en 1973 mon Doctorat en Chirurgie Dentaire. En effet, avant cette date, le titre de Docteur était réservé aux médecins, les dentistes n’y avaient pas accès. Rien ne m’y obligeait, mais il n’était pas dans mon tempérament de ne pas accéder au titre le plus élevé de ma profession. Je rédige donc une thèse reçue avec les honneurs par l’Académie de Médecine de Paris. Par les mêmes motivations, j’accède à un grade très élevé au sein de la Loge Fraternité à l’Orient Genève-Ambilly avant de la quitter.
Sous l’impulsion de mon beau-père Albert Granchamp (le résistant qui imprimait des tracts pendant la guerre), je passe mes vacances d’été avec ma famille à Salou, province de Tarragona, en Catalogne espagnole. J’apprends seul l’espagnol pour approfondir ma connaissance de l’art de la tauromachie et pour mieux connaître l’histoire de la Guerre Civile espagnole. J’ai connu l’Espagne de Franco, j’assisterai à sa libération à la mort du dictateur, en 1975.
Je prends ma retraite de dentiste en 1991. C’est là que je commence à collecter mes souvenirs que je publie sur internet, sous le pseudonyme d’Hirminte, la prononciation savoyarde exacte d’Hirmentaz. Hirminte était déjà mon nom de plume lorsque je publiais des billets d’humeur dans la revue « Le Chirurgien Dentiste de France« . J’entreprends également d’établir toute l’histoire de la Vallée Verte, que vous pouvez lire ici :
Hier en Vallée Verte
Avant-hier en Vallée Verte
Je décède un triste jour de 2018, le 2 novembre, le jour des Morts. Je n’avais pourtant pas fini de partager mes souvenirs, et me restait à vous raconter tant de choses, les difficultés de la vie quotidienne au Collège de Thonon pendant la guerre, le Jazz dentaire, ma pratique du patois savoyard. Ce sera pour une autre vie. Je m’appelais André Ducrot.
Hirminte